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Effacement de Percival Everett

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Premier roman de Percival Everett, dont les éditions Actes Sud se décident enfin à traduire les oeuvres en français. J’ai lu auparavant Blessés, qui traite aussi de l’identité raciale.

Ici, le personnage principal est Thelonius Ellison dit Monk, un auteur américain noir qui n’écrit que des oeuvres jugées obscures et trop complexes pour avoir du succès.
Agacé par le succès d’un roman qualifié de véritable chef d’oeuvre de la littérature black, Not’vie à nous au gettho, il décide de rédiger un pastiche du genre qu’il intitule Ma Pataulogie (sic). Mais contrairement à ce qu’il pensait, le livre est unanimement salué par la critique comme un immense roman de littérature afro-américaine et plébiscité par le public.

Un roman vraiment fort, qui ne peut laisser indifférent. L’auteur joue avec l’ironie, les mots et les conventions. Il insère à l’intérieur du premier texte (Monk et ses démélés familiaux), des idées de livres, des dialogues imaginaires entre personnages célèbres de la littérature et de l’art et bien sûr, le fameux roman black écrit sous le pseudonyme de Stagg R. Leigh. Cela donne au final un roman vraiment original et très réflexif. La condition de l’homme noir dans la société américaine contemporaine est finement abordée : car finalement, en acceptant l’argent de l’éditeur pour Ma pataulogie, Monk rentre dans un cercle vicieux. Lui qui n’a jamais connu le succès avec ses propres oeuvres, il accède à la reconnaissance et la gloire avec un pastiche qu’il avait rédigé pour justement se moquer de ce que certains nomment la littérature afro-américaine. En voulant lutter contre ce système de castes, l’auteur est pris à son propre jeu.

Un roman captivant que j’ai lu d’une traite. Une écriture fluide et imaginative. Pour moi, Percival Everett est vraiment un grand nom de la littérature américaine.


La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman

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Présentation de l’éditeur
Ce classique des lettres américaines est, selon Diane de Margerie qui en a établi la présenté édition,  » de ceux qui laissent une trace ineffaçable « . Et pour cause : ce récit halluciné, tendu et violent nous est livré à la première personne par une jeune mère tombé en dépression grave. Elle accepte de se soumettre à une cure de repos d’un genre radical, qui s’apparente à une séquestration pure et simple. L’idée du mari médecin : après un régime de privation si draconien, l’épouse taraudée par des idées d’émancipation n’aura qu’un souhait…échapper à sa prison pour retrouver enfin les doux plaisirs du foyer. Cependant elle ne réagit pas comme l’avait prévu la Faculté.

Biographie de l’auteur
Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) fut l’une des premières féministes de l’Amérique moderne. Rendue un temps  » folle  » par le mariage et la maternité, partagée entre l’amour des hommes et celui de quelques élues, Charlotte la scandaleuse ne cessa de lutter pour qu’on la laisse être ce qu’elle était.

Mon avis :

Cette nouvelle vraiment très courte, aurait pû être également traitée comme une nouvelle fantastique. Cette femme (qui au départ semble juste être atteinte de mélancolie suite à la naissance de son enfant) est astreinte à rester enfermée dans une chambre au papier peint jaune qu’elle déteste et qui représente la caricature de sa vie (et qui donne d’ailleurs son nom au récit initial en anglais : The Yellow wallpaper).
Cet enfermement est prétexte à une parabole sur la condition des femmes au XIXe siècle qui était cantonnée au rôle de mère, épouse et femme d’interieur, et en cela ce texte est à mettre en parallèle avec les écrits d’ Edith Warton et d’Alice James.
Un postface de la tradutrice Diane de Margerie nous dévoile ce que fut la vie de l’auteur, ses excès de mélancolie et les solutions que la médecine proposait à l’époque pour ces femmes que l’on disait à l’époque atteinte d’hystérie. Elle nous dévoile les tournants de la vie de l’auteur qui ont inspirés cette nouvelle, tournants qu’elle éclaire par la retranscription de certains passages de son journal intime. A l’époque, il est inconcevable qu’une femme puisse s’émanciper, ne pas se marier ou encore écrire (la mère de Charlotte Perkins lui interdira d’ailleurs d’écrire dès l’âge de 10 ans, tout comme l’héroïne de cette nouvelle doit écrire en cachette ses impressions et ses peurs).
Atteinte d’un cancer du sein inopérable, elle mettra fin à ses jours en 1935.


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